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Choses vues, entendues et pas vues à RuralTIC

Le 9 septembre 2009 | 6

Marc Duchesne, autre envoyé spécial de Zevillage à RuralTIC, nous rapporte ses observations glanées à Aurillac à propos d’aménagement numérique du territoire.

Pendant que mon camarade Alain Baritault jouait au Grand Reporter, caméra numérique dans une main et carnet de notes dans l’autre, je découvrais RuraliTIC en observateur « intêressé ».

Très haut débit, développement durable, et nouveaux usages en milieu rural: de quoi bien occuper ces deux belles journées en terre auvergnate.

Morceaux choisis…

Sur les nouveaux usages, ceci, entendu pendant la Table-ronde « Télé-Médecine »:

Albert Claude Benhamou, professeur de médecine, chirurgien, et expert TIC, en aparté, avant l’ouverture de la conférence :

« On n’a pas besoin du Très Haut Débit pour faire de la Télé-Médecine dès maintenant. C’est une question de structures et de méthodes. »

Effectivement, veillons à ne pas mettre la charrue avant les boeufs…

Anne-Marie Comparini, consultante Datacet et ancienne élue:

« Dans la population française des plus de 80 ans, seuls 10% sont « connectés, alors que en Suède la proportion est de 80%. »

Ne serait-ce pas là la véritable fracture numérique ?…

Thierry Zylbergberg, Vice-Président Orange Santé:

« Il faut crever la baudruche qui dit que ‘la technologie déshumanise’. Au contraire, la technologie aide à restaurer le lien social ».

Entendu systématiquement dans toutes mes conversations avec des maires et des présidents de communautés de communes de la France d’en Bas: « le Très Haut Débit nous aiderait à restaurer le lien social »…

« Une étude réalisée dans 5 pays dont la France, l’Espagne et l’Italie, montre que la population est majoritairement favorable aux services de télé-santé. En France, les personnes les plus réticentes sont les acteurs du monde médical. »

D’où l’échec jusqu’à présent de quasiment toutes les expérimentations de télé-médecine, par exemple en Champagne-Ardenne. Peut-être faudrait impliquer le monde médical dès la conception des solutions ?…

« On n’a vraiment pas besoin de la fibre optique pour le suivi médical des personnes âgées à domicile. Juste quelques points de mesure périodiques… ».

Bis repetitae. La fibre optique ne sauvera jamais une jambe. Des procédures et méthodes fiables et faciles à mettre en oeuvre, si.

« Ce qui est indispensable, c’est accompagner les gens dans le changement. »

On assiste à un changement de comportement radical des industriels et opérateurs: ils ont compris que leurs produits, pour être adoptés par le plus grand nombre, doivent être conçus avec le plus grand nombre.

« Les collectivités locales doivent penser dépenses de fonctionnement pour l’accompagnement et le déploiement des nouveaux services auprès des citoyens, et pas seulement investissement dans les technologies »

Les usages avant la technique, enfin !

Dr. Philippe Thieblot, président du Conseil régional d’Auvergne de l’Ordre des médecins:

« Si les médecins sont réticents à la télé-médecine, c’est uniquement parce qu’ils ne sont pas rémunérés. Le problème est la rémunération du temps passé ».

Impliquer les médecins dès la conception des solutions de télé-médecine, sinon cela ne marchera jamais.

Sur le développement durable, vu et entendu pendant l’Atelier « Impact des TIC sur le développement durable »:

Conçu et piloté par l’efficace Gilles Berhault, président d’ACIDD, cet atelier promettait beaucoup sur le papier. La salle était comble, de nombreux participants se pressant jusque dans le couloir.

Après son habituel rapide et percutant tour d’horizon de la problématique « développement durable », Gilles passait la parole au « témoin » du jour », à savoir Hughes Aubin, chargé de mission TIC à Rennes Métropole. Qui ne quittait plus le micro, se lançant dans un exposé certes brillant mais totalement hors sujet sur les nouveaux outils type Web 2.0, l’Open Source, et tout ce genre de choses que les geeks et early adopters adorent, mais que l’élu local abhorre…

Un atelier à sens unique – un comble lorsque l’on parle « Web 2.0″ – qui a, au vu des nombreux regards interrogatifs et au su des murmures « agacés », n’a pas atteint l’objectif affiché dans le programme : Web 2.0 et développement durable, le lien est difficile à faire pour la très grande majorité des élus de nos campagnes…

Sur le Très Haut Débit, choses pas vues, chose entendue

A part les interventions des sénateurs et députés, et du ministre Michel Mercier – voir le compte-rendu d’Alain, le Très Haut Débit semblait bien loin des préoccupations immédiates de la plupart: les zones blanches ADSL étaient souvent évoquées dans les conversations et les questions des élus locaux…

Toutefois, un élément revenait très souvent : la mise à disposition de tous des données sur les infrastructures du territoire, sur le modèle de l’initiative DataSF récemment lancée par Gavin Newsom, Maire de San Francisco.

L’idée générale étant que la collectivité locale doit pouvoir :

  • disposer de toutes les informations relatives aux réseaux télécoms existants sur son territoire, pour
  • mieux mettre en place, à moindres coûts, son propre réseau type RIP Réseau d’Initiative Publique.

Quel maire de France osera rejoindre San Francisco dans la démarche ?…

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Quels financements des infrastructures stratégiques pour le développement des territoires?

Le 2 septembre 2009 | 0

Alain Baritault était en reportage à RuralTIC pour Zevillage. Il commente les débats auxquels il a assisté.

Invités d’honneurs des Universités d’été pour les territoires Ruraux, (Rural TIC), Michel Mercier, le nouveau ministre de l’Aménagement du territoire et René Souchon, président de la région Auvergne, ont relancé le débat sur le financement et les conditions de la mise en œuvre des infrastructures nécessaires à la France pour migrer vers le très haut débit sur l’ensemble du territoire national.

Alors que le déploiement de la fibre à la maison (FTTH) est aujourd’hui au point mort suite à un conflit prétendument d’ordre technologique entre deux architectures qui cachent des stratégies non dites chez certains opérateurs.

Quelles infrastructures pour les services dans les territoires ruraux ?

La quatrième édition de l’Université d’été pour les Territoires (Rural iTIC) s’est déroulée  sous un beau soleil de fin d’été dans la superbe région du Cantal, au palais des congrès d’Aurillac.

« Nous avons bénéficié de l’aide des représentants de la région Auvergne et du Cantal, indique l’organisateur Serge Pilicer, et notre but est de susciter les réflexions et recueillir des témoignages sur les usages numériques et la mise en œuvre des infrastructures haut débit et très haut débit dans les territoires ruraux. »

La conférence était ouverte avec une interview  vidéo de Nathalie Kosciusco-Morizet, n’ayant pas pu se déplacer, qui orientait le débat sur les conditions de mise en œuvre équilibrée des services numériques et des infrastructures dans le monde rural.

« Avec mon collègue Michel Mercier, dit-elle, nous essayons de développer une politique d’infrastructure et de désenclavement des territoires qui soit équilibrée, au profit des territoires, au profit des emplois et au profit des personnes qui font vivre ces territoires. »

Elle mentionnait des nouvelles pratiques comme l’e-santé, l’e-administration, le e-commerce et le télétravail. Ce dernier représente un fort potentiel de développement des territoires ruraux sachant qu’en France, seulement 7% des gens pratiquent le télétravail alors que la moyenne européenne est déjà à 13%.

Elaborant sur les freins existants pour un plus large développement du télétravail en France, elle mentionnait ses propositions d’utiliser le grand emprunt national pour accélérer le développement du télétravail mais elle évitait d’aborder le point crucial que tout le monde attendait, à savoir le développement et le financement des infrastructures en milieu rural.

L’Auvergne, première région haut débit

Alors que Pierre Ygrié, responsable des Web du Gévaudan (dans la Lozère) rappelait la pétition pour la création d’un fond de péréquation en faveur des zones rurales défavorisées dont le député Pierre Morel à L’huissier fut à l’origine, Pierre Hérisson, sénateur de la Haute-Savoie, notait que la proposition de loi Pintat, discutée et votée au Sénat en juillet, jetait les principes de base d’un fond de péréquation pour la mise en place du très haut débit par la fibre sur l’ensemble du territoire Français.

D’une part, cette loi doit passer à l’Assemblée nationale pour être adoptée, mais pour l’instant, rien n’a été dit sur  le point essentiel de cette loi, c’est-à-dire la manière dont serait alimenté ce fond, par qui et comment les fonds seront répartis ultérieurement.

René Souchon, président de la région Auvergne, grâce au premier partenariat Public-Privé avec France Télécom autour des NRA ZO pouvait affirmer :

« Aujourd’hui, il n’y a pas un seul auvergnat qui puisse dire : je ne peux pas avoir accès au haut débit (à 2 mégabits minimum). Nous sommes la première région Française à avoir réalisé cet objectif. »

Maintenir et gérer la rareté de la bande passante

Un peu plus tard, dans une autre conférence, Bruno Janet, conseiller spécial du président de France Télécom, suscitait de vives réactions en coulisses chez les maires et les élus des collectivités territoriales lorsqu’il affirmait publiquement : « En quatre ans, la fracture numérique a été réglée, c’est fini. La fracture numérique pour le haut débit est derrière nous» !

Il semble que chaque maire ou élu présent était à même de mettre en avant une ou plusieurs zones blanches sur son territoire où le haut débit n’arrive pas parce que France Télécom, seul opérateur local, traine à investir dans cette zone et préfère investir dans des zones plus rentables.

Il vantait aussi la montée en charge des opérations de partenariat public privé PPP avec les collectivités dans le cadre des NRA zone d’ombre pour aménager et dégrouper les sous répartiteurs dans des zones rurales. Il montrait ainsi que non seulement la couverture à 100% n’est pas assurée mais que le besoin existe réellement dans les zones rurales.

Un intervenant ajoutait : « 4 Méga octets par seconde c’est largement suffisant pour tout le monde disait un ancien Président de France Télécom devenu ensuite Ministre des finances ».

On touche du doigt un des fondements de la stratégie de France Télécom qui est de maintenir et gérer  la pénurie de la bande passante dans ses tuyaux. Il rappelait enfin que l’un des soucis de France Télécom est de savoir comment les collectivités locales peuvent aider l’opérateur historique à développer des services, sachant que le problème des infrastructures est réglé…(pour l’opérateur) !

Nous reviendrons sur ce point crucial.

Un coup de gueule de René Souchon

Pourtant, René Souchon, constatant le phénomène et les discussions autour du fond de péréquation prenait une position très marquée. Il affirmait: «L’enjeu aujourd’hui est la fibre optique au domicile, il n’y a pas d’autre issue ».

Il poursuivait :

« La région Auvergne s’est dotée d’un schéma directeur pour le très haut débit depuis 2007.Nous avons conduit toutes les études de faisabilité, juridiques et nous avons le montage financier. Mais ce plan risque d’être mis en l’air par la politique du gouvernement ou de l’Europe dont le mot d’ordre est : concurrence, concurrence. Vous savez qu’il y a des zones blanches, des zones noires et des zones grises.

En tant que zone blanche, nous sommes celles dont personne ne s’occupe. Lorsqu’on dit que l’argent public doit intervenir exclusivement sur les zones blanches, cela signifie qu’il n’y a aucune péréquation possible en l’état actuel des choses et la fracture numérique va se creuser de nouveau dans le très haut débit. »

Y a-t-il une volonté politique ?

Il posait alors la question : « Existe-t-il une volonté politique réelle d’avoir une couverture numérique dans l’ensemble des territoires pour que le très haut débit soit possible»?

Le système de couverture  très haut débit élaborée dans le plan de la région Auvergne repose sur la mutualisation et la péréquation entre les zones urbaines et les zones rurales.

« Nous avons réussi à ce stade, expliquait-il,  à associer les 4 départements  avec la région pour couvrir notre territoire. Si on veut amener la fibre optique partout, c’est 1,5 milliards d’euros pour l’Auvergne.

Avec le système que nous avons mis en place qui passe par des montée en débit et un développement progressif par la desserte en fibre optique de zone économiques prioritaires et des grands établissements publics, il faut seulement 400 millions d’euros.

Ceci est déjà plus abordable pour une région comme l’Auvergne. En travaillant encore, nous avons réussi à réduire la facture à 200 millions d’euros. »

Un système de répartition qui implique les opérateurs car il n’y a plus un sous de subventions…

Il proposait alors la mise en place d’un véritable système de péréquation non seulement en utilisant des fonds de l’Etat sous forme de subventions,

« mais en allant chercher dans les recettes des opérateurs qui en font là où il y en a à faire.  Il faut utiliser les recettes des zones denses pour partie pour financer les zones à faible densité de population.

J’entends l’ARCEP me parler de concurrence, mais quelle est la concurrence qui existe entre les opérateurs dans le département du cantal ou même en Auvergne. Par exemple, les collectivités ne paient pas les relais de téléphone mobile à Lyon ou à Clermont, mais elles paient dans les zones défavorisées où les opérateurs ne veulent pas aller… !

C’est pareil pour la TNT qui est en train de devenir un énorme problème. »

Il concluait… « A partir de là, qui finance… ?  Il n’y a pas un sous de subvention disponible, ni au niveau de l’état, ni au niveau de l’Europe pour l’instant pour ce genre de chose. »

(Alain a également publié son reportage sur son blog.)

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