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Proposition de loi sur le télétravail : du bon et du mauvais

Le 27 mai 2009 | 23

Si je filais une métaphore cinématographique pour qualifier le débat autour de la proposition de loi sur le télétravail, j’hésiterais entre Beaucoup de bruit pour rien et Tout ça pour ça.

Comme je l’ai souligné plusieurs fois ici, le texte en cours de débat à l’Assemblée jusqu’à ce soir n’est pas révolutionnaire. Le télétravail n’est d’ailleurs qu’un volet de la proposition de loi.

Ses apports sont minuscules par rapport à l’accord interprofessionnel de 2005. Et, heureusement, la proposition de loi a évolué (voir notre tribune de décembre dernier) : elle était partie pour être une usine à gaz inutile.

Le bon côté de ce texte c’est qu’il rappelle quelques principes qui seront inscrits dans le code du travail : principe du volontariat chez les salariés pour passer en télétravail et obligations de l’employeur. Si les amendements sont votés, il devrait aussi ouvrir des déductions fiscales aux entreprises qui offrent le télétravail à leurs salariés.

Enfin, cette proposition de loi marque, plutôt symboliquement, un intérêt de la part du gouvernement pour le sujet.

Le mauvais côté du texte c’est qu’il lance un débat public négatif et politise le thème du télétravail. Le groupe communiste veut par exemple supprimer tous les articles « télétravail » du texte et les syndicats s’enflamment.

Il faut dire que l’amendement sur le télétravail pendant le congé maternité ou maladie proposé par Frédéric Lefebvre (et rejeté) était assez malhabile. Même si, sur le fond, il n’est pas scandaleux qu’un salarié immobilisé chez lui (grossesse ou maladie) puisse, s’il le souhaite, travailler depuis son domicile dans certains cas.

Cet amendement a donné un prétexte à tous les opposants au télétravail pour relever le nez. On vous l’avait bien dit, le télétravail est inhumain, il brise le lien social et impose des cadences infernales aux pauvres malades alités !

Exploitation politique, inquiétudes sincères ou mauvaise foi ? Un peu tout à la fois. Comme l’explique Nicole Turbé-Suetens, le texte réveille les vieux démons de la loi sur le travail à domicile. Et dire qu’on avait mis 10 ans à se débarrasser de ces idées reçues sur le télétravail !

Pour en savoir plus : voir le rapport à la commission des Affaires culturelles, familiales et sociales à télécharger, en PDF.

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Avant de voter une loi sur le télétravail

Le 4 décembre 2008 | 4

Tribune à 8 mains

Le dépôt, fin octobre, d’une proposition de loi pour favoriser le télétravail semble être une bonne nouvelle mais le texte se coupe de toute réalité avec les besoins des entreprises, l’existence des télétravailleurs indépendants et le développement durable.

Un cadre juridique peu adaptable

Une partie importante du projet de loi reprend simplement les termes de l’Accord National Interprofessionnel de juillet 2005, qui est l’adaptation française, par les partenaires sociaux, de l’accord cadre européen de 2002: « une forme d’organisation et/ou de réalisation du travail, utilisant les technologies de l’information dans le cadre d’un contrat de travail et dans laquelle un travail, qui aurait également pu être réalisé dans les locaux de l’employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière ».

Cet accord a démontré son inefficacité car les rares entreprises qui télétravaillent préfèrent les termes mobilité ou externalisation pour ne pas se soucier des conséquences légales et fiscales, voire sociales.

Exemplaire, la France est le seul pays européen à considérer de manière tout à fait artificielle, notamment pour échapper à la négociation, que le nomadisme n’est pas du télétravail.

Même si pour montrer l’exemple, les députés suggèrent une mise en oeuvre dans les services publics d’ici un an, les entreprises préféreront contourner une loi définissant les détails des méthodes de management à appliquer pour continuer à échapper à leur responsabilité et encourager le télétravail gris ou clandestin.

Par ailleurs, les salariés sur lesquels la pression et la dégradation des conditions de travail s’accélère et s’accentue, trouveront dans une telle loi une bonne justification pour courir au conseil de prud’hommes en se fondant sur la jurisprudence existante. Est-ce l’effet souhaité par le législateur ?

Définition du télétravail

On parle de télétravail, mais de quoi s’agit-il au juste ? De mobilité, de nomadisme, d’aménagement du temps de travail, d’une nouvelle organisation managériale, d’informatique, de faire appel à des sous-traitants, de délocaliser certaines fonctions là ou la main d’oeuvre est meilleur marché ?

Pour simplifier, rappelons que depuis l’arrivée du haut débit travailler à distance est aussi facile que de consulter ses emails, trouver un prestataire aussi rapide qu’une recherche sur Google.

Concrètement, le télétravail est une organisation du travail qui redéfini les rapports sociaux et professionnels tout en abolissant la notion de lieu et de temps. On passe d’une gestion de la présence dans l’entreprise à un management par objectifs. De quoi allier travail, responsabilité, productivité et en principe qualité de vie.

Pour l’entreprise, il s’agit d’obtenir le meilleur rapport qualité/prix sur une mission donnée.

Ainsi de nombreux prestataires dans des domaines comme la saisie, l’informatique ou encore le télémarketing ont compris cette opportunité et proposent leurs services depuis des pays émergents.

Une réponse au chômage

En effet, outre l’organisation du travail des salariés, la vraie question que pose l’émergence du télétravail pourrait être celle de l’indépendance personnelle.

Le télétravailleur, qu’il soit demain salarié ou non est un acteur de l’économie, un professionnel compétent, mais avant tout un créateur de richesses et d’emplois.

En période de crise, cela prend tout son sens.

On regrettera que le texte n’intègre pas les télétravailleurs appuyés par des sociétés de portage salarial, solution qui motive les créateurs d’entreprises et leurs clients « petites entreprises », que la réduction d’impôt proposée aux entreprises pour la mise en place du télétravail ne soit pas applicable pour le recrutement d’un salarié indépendant.

En relation avec le nouveau statut d’auto-entrepreneur, on peut imaginer l’utilisation des structures d’accueils existantes pour faciliter le parcours du télétravailleur débutant : faire des missions en portage, continuer à cotiser aux Assedic, puis une fois la clientèle constituée créer son entreprise.

Aménagement durable du travail et du territoire

Mais le télétravail a une dimension qui va bien au-delà des aspects économiques. En effet, l’impact de cette organisation se ressent fortement dans d’autres domaines à l’instar de l’aménagement du territoire et de l’éco-responsabilité.

Comment, en effet, ne pas voir dans le télétravail une solution à la réimplantation d’acteurs économiques en milieu rural ? Certains territoires l’ont déjà prouvé en optimisant les conditions technologiques d’accueil par le biais de l’installation de télécentres. D’autres ont remédié à l’absence de haut débit en investissant (WiMAX, fibre optique, Wi-Fi…).

Enrichis de nouvelles compétences, ces territoires ouvrent la voie à la fois à un regain décentralisé d’activité mais aussi de compétitivité économique. Ces « pays », « villes » et cantons favorisent ainsi l’expression de l’innovation et la prise de responsabilité des télétravailleurs dans le cadre du développement de leur nouvelle organisation du travail.

Enfin et on l’aura compris, l’un des atouts du télétravail est aussi d’apporter sa contribution à la mise en place d’un mode de travail durable et responsable, limitant le recours aux transports, favorisant l’intégration de principes écologiques, concourant au respect de l’environnement. Autant d’atouts qui auraient dû faire du télétravail un élément clé du dernier Grenelle de l’Environnement. Cela n’a pas été le cas, mais il n’est pas trop tard.

Perspectives

Les contraintes posées aux entreprises par cette proposition de loi risquent tout simplement de signer l’arrêt de mort du télétravail salarié et de stimuler la recherche de solutions plus souples pour répondre aux besoins du marché.

« Créer son propre emploi sera l’avenir. Chacun ne sera plus bientôt qu’employeur de lui même, consultant ou employé provisoire d’une entreprise. C’est déjà largement le cas dans les pays du sud, qui sont, là encore, en avance sur nous. Le télétravail, si lent à se développer, en constituera une des dimensions essentielles » selon Jacques Attali.

Voilà sans doute pourquoi les enjeux et les questions qu’amène cette proposition de loi vont lancer un véritable débat en connaissance de toutes les causes.

  • Article rédigé par Cyril Slucki – Cyberworkers.com (www.cyberworkers.com), place de marché du télétravail.

Avec la participation de :

  • Nicole Turbé-Suetens, Distance Expert (www.distance-expert.eu) – Expert européen – Consultante.
  • Philippe Altschul, actUnion (www.actunion.com), portage salarial.
  • Xavier de Mazenod – Zevillage (www.zevillage.net), village de télétravailleurs.
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